Notre-Dame de Paris, une cathédrale universelle

  • 20/04/2019

« Œuvres, artistes et enchères hors du commun » - Episode Hors-série

Notre-Dame de Paris, une cathédrale universelle

L’émotion est grande après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris lundi 15 avril 2019. L’équipe de Quel marteau a décidé de bousculer sa série hebdomadaire pour vous proposer un article spécial consacré à la « Cathédrale de la France ».

Toutes les chemins mènent à Notre Dame

Au XIIe siècle, la folie architecturale du clergé n’a d’égal que le gigantisme de la nouvelle cathédrale de Paris. Un projet d’envergure s’impose alors que l’ancien édifice Saint-Etienne est quasiment à l’abandon et que Paris s’est imposée récemment comme capitale du royaume. De grands projets précurseurs ont été initiés à Saint-Denis par l’Abbé Suger et à Sens. L’Ile de France est alors le berceau des innovations gothiques.

Les dimensions considérables de Notre-Dame introduisent une nouvelle génération de cathédrales dont la construction se prolonge au XIIIe siècle : Bourges, Chartres, Reims, Amiens … 130 mètres de long, 48 mètres de largeur de transept et 35 mètres de hauteur sous voûte contribuent à la naissance d’un mythe.

Chef d’œuvre du style gothique naissant, Notre-Dame s’ouvre, s’allège et s’illumine formant un parallèle architectural à l’élévation spirituelle des fidèles. La façade imposante à deux tours s’anime d’un pignon dont la rosace deviendra un symbole. Les portails ornés d’un programme sculpté virtuose et moderne vont traverser les siècles et placer la cathédrale parmi les plus riches de France et d’Europe.

En bouleversant la partie orientale de l’Ile de la Cité, Notre-Dame devient le centre névralgique de Paris. Entre Noël et le jour de l’An, elle est le théâtre de la Fête des Fous à l’occasion de laquelle les jeunes clercs, les diacres et le clergé inférieur élisent un chef, le déguise en roi et en évêque en se moquant de lui.

Insolite : Sur le portail du jugement dernier subsiste d’ailleurs une scène sculptée figurant un roi et un évêque piétiné par un démon féminin qui leur urine dessus.

Cathédrale du cœur, elle reçoit dès le 1er mai 1449 les offrandes annuelles de la corporation des orfèvres. Au XVIIe siècle, ce sont des commandes de tableaux de quatre mètres de haut, « les Mays » réalisés par les représentants de l’atticisme parisien et du courant classique qui viendront orner les murs de Notre-Dame : des œuvres de Jacques Blanchard, Laurent de la Hyre ou Charles Le Brun.

C’est à Notre-Dame que Louis XIII et Anne d’Autriche décident d’ériger un autel à la Vierge de Liesse alors que la venue d’un héritier au trône de France se fait attendre.

Notre-Dame encore qui a la Révolution française est choisie pour devenir le Temple de la Raison où l’on célèbrera le 20 brumaire de l’An II la Fête de la Raison. Transformée en cave à vin, on y stocke les réserves pour l’armée de la République, avant qu’elle ne retrouve son faste le 2 décembre 1804 en accueillant la cérémonie religieuse du sacre de Napoléon Ier.

Elle survit aux périodes troublées de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, pour inspirer Victor Hugo qui fera du bâtiment un personnage central de son célèbre roman éponyme. L’auteur attire l’attention sur l’état de délabrement de l’édifice qui subit au XIXe siècle une importante campagne de restauration menée par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc à qui est due la flèche récemment détruite. Clin d’œil aux maitres d’œuvres médiévaux, Viollet-le-Duc fait donner ses traits à l’apôtre Saint-Thomas, sauvé de justesse de l’incendie.

Littérature, puis cinéma, dessins animés, jeux vidéo, Notre-Dame à l’instar de la Tour Eiffel est l’image de Paris. Depuis le 15 avril, elle déchaine les passions dans la presse, sur les réseaux sociaux, les blogs, les tweets, les post. Incontournable, tout nous amène à elle.

Le saviez-vous ?

C’est sur le parvis de la cathédrale que se trouve le point zéro, départ de toutes les routes de France. C’est une lettre royale du 22 avril 1739 qui officialise ce « point zéro » représenté par une rose des vents.

Les représentations de la cathédrale dans l’histoire de l’art sont indénombrables : Utrillo, Lebourg, Marquet, Venard …

La photographie aussi lui fait la part belle : Daguerre, Baldus, Le Gray, Blancard les plus grands noms ont immortalisé la cathédrale.

L’équipe de Quel marteau a choisi cette vue par Maximilien Luce intitulée « le Quai Saint-Michel et Notre-Dame ». Au tournant du XXe siècle, Luce est adepte du néo-impressionnisme et fractionne la couleur en touches divisées. Il réalise une dizaine de toiles figurant la cathédrale, dressée lumineuse au centre de la toile. Elle vibre et à la fois offre un cadre à l’observation que fait l’artiste de la vie parisienne. Cette série rappelle une série autre célèbre réalisée en 1892-1893 par Claude Monet autour de la cathédrale Notre-Dame de Rouen.