Manet, peintre de la société

  • 28/04/2019

« Œuvres, artistes et enchères hors du commun » - Episode VI

Manet, peintre de la société

« Celui-là sera le peintre, le vrai peintre qui saura arracher à la vie actuelle son côté épique et comprendre combien nous sommes grands et poétiques dans nos cravates et nos bottes vernies. » écrit Charles Baudelaire dans le Figaro à propos d’Edouard Manet.

Issu de la bourgeoisie aisée parisienne, Manet intègre l’atelier de Thomas Couture, artiste académique avec lequel les relations seront houleuses : le maître préconise des passages en nuances de l’ombre à la lumière alors que l’élève déjà juxtapose brutalement l’un et l’autre dans un souci de réalisme.

Manet quitte l’atelier de Couture et commence à voyager : Italie, Pays-bas, Autriche, Allemagne. L’artiste étudie avec ferveur les classiques au Louvre : Titien, Giorgione, Tintoret. Mais c’est à travers le prisme de la peinture espagnole que Manet va introduire les thèmes réalistes pour devenir un des représentants les plus connus du mouvement réaliste : Lola de Valence, Les danseurs espagnols, Jeune homme en costume de majo (portrait du frère de l’artiste) ou Mademoiselle V en costume d’espada (portrait de Victorine Meurent, modèle favori de Manet qui prête ses traits à Lola de Valence et sera aussi la sulfureuse Olympia).

Le salon des refusés de 1863 et le scandale du Bain ou partie carrée

L’année 1863 est marquée par la création du salon des Refusés sous le patronage de Napoléon III. Ce salon attire les foules plus curieuses de découvrir les œuvres écartées du Salon Officiel que de déambuler parmi les œuvres académiques parfois ennuyeuses.

Au côté de Cézanne Pissarro et Whistler, Manet expose trois tableaux dont Jeune homme en costume de majo et Mademoiselle V en costume d’espada. Mais c’est avec son grand format intitulé le Bain que Manet fait scandale. Avec ce tableau plus connus sous le nom de Déjeuner sur l’herbe, l’artiste s’affranchit de la perspective dans une composition inspirée du Concert champêtre de Titien et des gravures de Raimondi. Le traitement des personnages est brutal, posé dans un paysage esquissé à côté d’une nature morte dont le traitement parait plus abouti. Scandale, tollé : une jeune femme se tient nue au milieu d’un groupe d’hommes habillés. C’est encore Victorine Meurent qui prête ses traits à l’objet des foudres d’un public violent et choqué : on doit empêcher les cannes et parapluies de percer la toile.

Emile Zola écrit dans Edouard Manet, 1867 « Bon Dieu ! quelle indécence : une femme sans le moindre voile entre deux hommes habillés, mais quelle peste se dirent les gens à cette époque ! » L’auteur apporte un soutien indéfectible à l’artiste, qui lui rend hommage dans un célèbre portrait daté de 1868 et conservé au musée d’Orsay.

Manet enfonce le clou avec Olympia la même année, où il figure un nu réaliste et actuel non idéalisé. Sa légende est née.

Le saviez-vous ? Pablo Picasso s’attaque à ce monument de la peinture en 1961 presqu’un siècle après sa réalisation. Il produit pas moins de 26 toiles, 6 linogravures et 140 dessins, tous variations autour du Déjeuner sur l’herbe. 14 d’entre elles sont exposées au Musée d’Orsay.

Insolite : Pendant près de 20 ans, autour Manet, dans son atelier ou au café Guerbois se réunit le groupe des Batignolles : Monet, Renoir, Sisley, Pissarro, Berthe Morisot … Pourtant, le désir de victoire « officielle » de Manet l’isole. L’impressionnisme nait, largement inspiré par lui, mais sans lui, au printemps 1874 dans l’atelier du photographe Nadar.

 

Manet sur le marché de l’art

L’œuvre de Manet attire évidemment faisant entrer l’artiste dans le cercle des enchères millionnaires record. Le 5 novembre 2014, la Maison Christie’s à New-York adjuge pour près de 65 millions de dollars l’œuvre intitulée Le Printemps, portrait de l’actrice Jeanne de Marsy, daté de 1881. En 2010 déjà, un autoportrait de Manet s’était vendu 33 millions de dollars chez Sotheby’s à Londres. Les enchères millionnaires ne sont pas rares : citons L’Italienne adjugée presque 8 millions d’euros chez Christie’s ou Portrait de jeune fille chez Sotheby’s en mai 2018.

Evidemment les œuvres gravées et les multiples s’échangent plus régulièrement aux enchères et sont plus abordables tout en restant des valeurs sûres : une eau-forte représentant Lola de Valence (portrait de Victorine Meurent en costume espagnol) a trouvé preneur à 900€ chez Beaussant-Lefèvre à Drouot le 5 avril dernier. Citons encore Le Guitarero (1861) adjugé 6800€ chez Christie’s à Londres en mars.

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